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MARQUIX (Antoine Marquis, dit) °  J'ADORE PARIS

Les Lilas Editeur ° 2020

Format (cm) 21 x 30

Pagination 190 pp

Etat neuf

Tirage inconnu quoique limité

Frénétique et subtile compilation de vingt ans de dessins d'Antoine Marquis dont les parutions originales (désintéressées et pour la plupart plus que confidentielles) ont délibérément échappé au plus grand nombre, pour la première fois réunis en un copieux et réjouissant volume.

Il signe son livre d’un pseudonyme transparent qui dit davantage le plaisir de se déguiser que de se cacher. D’Antoine Marquis à «Marquix», il n’y a qu’une lettre de différence, et plus de prénom. Mais le X, allusion fulgurante et porno vieux jeu, fait penser au feuilleton radiophonique des années 50 Signé Furax. Ce qui sied pleinement à l’artiste. Depuis le début des années 2000, ses dessins tracent des scènes scabreuses («des orgies lointaines, des vieilles partouzes») aussi bien que des moments tranquilles de la vie de province. Ainsi, ceux issus de la série «Célébrations» plantent le décor d’une salle des fêtes où, dans une marée montante de papier crépon qui tapisse les murs, des enfants déguisés en mousquetaires du roi écoutent sagement la chorale des Petits Chanteurs à la croix de bois. Une autre série, «Sexy amateur», fait monter l’ambiance d’un cran, en portraiturant des jeunes femmes dénudées dans leur chambrée, pas très grande, leur bibliothèque, pas très garnie, ou leur bureau, pas très rangé. Quant aux «partouzes», on y vient, il s’agit de ses saynètes au casting étrangement animal où des elfes (les personnages ont des oreilles pointues et des queues de lion) copulent à deux ou à plusieurs sur des tables ou à même le sol. Dans le livre, on tombe aussi sur des portraits de Jean Bouise. C’est tout sauf anodin. L’acteur, abonné aux seconds rôles - flic dans Dupont Lajoie d’Yves Boisset et patron à la con de l’usine du coin dans Coup de tête de Jean-Jacques Annaud -, a cette allure guindée des bourgeois de province, un personnage sans relief, sans aspérités, sans désirs ni expression, qui fait de lui, normalement, un fort mauvais client pour un artiste contemporain. Marquis voit en lui un «être élégant, super classe et dérisoire». Pile ce que lui-même recherche dans ses dessins : ce mélange d’élégance, de désuétude, de vanité qui fuit le spectaculaire, le bien fait, le réalisme ou le décoratif. Les proportions sont rarement les bonnes, sans être aberrantes. Le trait assume ses maladresses, notamment quand Marquis recourt au stylo-bille, qui lui «donne plein de fragilités parce que tu ne peux pas gommer». Par moments, il abandonne ce «dessin filaire pour un dessin plus incarné, avec plus de chair». Et mâtine donc le crayon graphite de peinture à l’acrylique.

Malgré l’unité de ton, avec ces nuances fanées d’un raffinement giscardien, le corpus a pu paraître suffisamment disparate aux yeux mêmes de l’artiste pour qu’il juge utile de l’harmoniser dans ce livre qui se feuillette dès lors comme un catalogue non pas raisonné (toutes les séries s’entremêlent) mais «trashé». Tous les dessins publiés ont été d’abord photocopiés en noir et blanc, puis retraités, malmenés à coups de giclées de peinture au spray ou de colle, froissés, déchirés, découpés, recollés «comme si c’étaient des dessins trouvés à la poubelle», commente l’artiste. On sait pourtant le temps (les jours et les nuits) qu’il passe à les coucher sur feuille. Ce soin-là, qui sent son dessinateur appliqué, demeure, pour lui, l’horizon à dépasser afin d’atteindre des zones plus marginales teintées du noir et gris charbonneux, «goudronneux», d’un art entre chien et loup, qui ne se résout pas complètement à se définir comme contemporain. (Judicaël Lavrador)